FAIS MOI MAL JOHNNY
Abstinence. Abstinence de silence. Comme un cul évaporé, dispersé dans le noir. Perdu dans la folie, le carnage, oui carnages pas assez sages. Allez Johnny, viens, viens en meute chasser la bête, bête immonde et à pleurer. Tu vois pas que la vie c'est sombre ? C'était toi le rêve américain désagrégé, c'était toi le pantin jeté aux silhouettes et aux ombres. Allez Johnny, vas-y, vas-y les yeux fermés et fais-toi mal. Vas-y aussi profond que tu peux. Dans son corps, dans ta chair. Mmm oui encore, encore, ne t'arrêtes pas. La guerre c'est froid seulement quand t'es mort. Seulement quand t'es plus qu'une pensée, une ligne dans les journaux entre miss météo et miss parano.
Alors prends ma main et soit ma cavalcade, ma dernière, ma nouvelle brimade. Bulletin pour élection. Pardon, érection je veux dire. Le pouvoir de te tondre, le pouvoir de te balancer, comme un soldat pendu sans arme, sans âme...Comme un soldat mis bout à bout et qui deviendrait beau et fou. Allez Johnny, c'est l'heure de te lever. C'est la guerre, c'est la parade. Il faut du sang sur ta peau, juste pour rendre ça un peu plus beau.
Oui Johnny t'as raison, plus ne rien ne fonctionne. Des gorgées pleines chez les nones. Des soupirs poétisés un à un dans le vent. Soupirs chaud et soupirs froid. Froid comme un plat. Ouais, un plat. Voilà ce que t'es devenu Johnny. Voilà c'est toi. Un plat. Qu'on goutte à goutte les lèvres pleines, les lèvres plaines, pleines de ta chair, de sa chair, à lui, ton ami, ton ennemi. A lui qui voulait ta peau. Qui voulait y cracher dessus, y crever y pisser en riant. Parce que Johnny tu l'as compris, la guerre c'est ça. C'est inexplicable à 20 heures. Juste un peu larmoyant. Pour les ménagères tu sais bien. Pour les faire pleurer un peu. Pour leur faire croire que tout ça a un sens, que t'es un héros, que tu sauves les fils de nos fils, que tu trembles pour le monde et que tu meurs dans un pleur dans un mouchoir un peu trop sale.
T vous Johnny, tout ça est artistique, un peu bandant comme une trique. Y tirer dessus sur la joie et les petites morts. Couchés touchés, importunés infortunés. Non ne les loupe pas ou on t'en voudra. Allez défends ta patrie, ton pays, ton ineptie, ta folie. Oui ne décroche pas. Les gouvernements ont besoin de toi. Peut-être pour faire des lois, pour s'écarteler le peuple en bas aussi, pour l'écouter craquer sous leurs chaussures, pour le voir ramper sous les glaviots des lampions fraternités égalité prisonniers. Oui Johnny, tu comprends, la guerre c'est nécessaire. Oui Johnny il faut que tu reviennes. Que tu reviennes nous raconter. Comment c'était beau là-bas. Comment c'était triste ce gosse, ce viol marqué de ton sceau, de ton rêve qui dort un peu moins fort.
Sauf que tu sais quoi Johnny. T'as perdu tes bras, t'as perdu tes jambes. C'est la faute à pas de chance on te dira. Alors quoi Johnny boy tu te réveilles seul dans le noir. On te met de côté un soir, ce soir. Tu sais, juste pour pas voir. Pas te voir comment t'es beau amputé. Oui tu comprends Johnny, les télés pourraient s' émouvoir. Mais elles diffuseraient pas. Ben oui Johnny, elles se contrôlent pas.
Johnny t'es ou ? Ta voix résonne entre les murs, dans la chambre où personne ne t'entend plus. Johnny, on aura beau dire, c'est beau la vie quand même. Tu trouves pas ? On t'envoie là-bas pour perdre l'aurore, on te dit que c'est un beau combat. Que le monde a besoin de toi. Oh Johnny fais-moi mal. Pourquoi, pourquoi t'as pas compris que le vent passe entre les branches, entre les cellules immondes et infécondes de leur cerveau ? Oh Johnny, c'était pourtant si simple. Simple comme des mains noyées dans l'or noir, comme le c½ur fondu fendu chez les tristes, chez les sinistres présidents ministres qui ne voulaient qu'un petit mot de toi. Un doux billet craché sur ta tombe, éructé et tant pis si tu tombes. Johnny démocratie, Johnny on a bien ri. Parce que quoi, t'y crois encore à ces farces, à ces fous barbares, à ces illusions de ton pays ?
Non Johnny, la guerre c'est pas ça. La guerre c'est cynique comme une bite. Ca crache et ça joui en solo perverti. Ca sème aux vents mauvais, ca creuse des envies, des envies de grandir, des envies de mourir dans le système capitaliste communiste démocratique d'une tique qu'on aurait pas gratté assez fort pour l'écraser. Pour la démembrer avec ses foutues illusions, ses foutues contraceptions à urne secrète, à burnes sélectes branchouillées d'un costard un peu trop noir. Corbeaux pas si délicats. Corbeaux qui aiment le plat. Tu sais bien, le plat du roi, le plat de toi.
Allez Johnny fais-moi mal, t'inquiètes pas demain ça ira mieux. Demain on t'oubliera, juste un nom semé en terre, une pierre sur la tête pour pas que tu te relèves. Pour que tu dormes et que tu rêves,
Que tu crèves,
Une fois pour toute.
Allez Johnny fais-moi mal. Oui le mal est Général, oui le mal est Capital.
Allez Johnny fais-moi mal, ce soir tout est permis, tout est Paris ce soir on joue à l'interdit. A la loterie.
Allez Johnny fais-moi mal. Non pas anal, non pas banal.
Allez Johnny fais-moi mal, ton pays te regarde
En versets de l'Etat.
Oui mon frère, en versets du repas.